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Le territoire de l’œuvre poétique contient toute une culture, tout un peuple, c’est comme si tout un peuple écrivait, composait l’œuvre. Lorsqu’on commence à lire les vers, on voit éclater les conflits les plus violents sur la manière de dire les vers.
Anatoli Vassiliev
« Le spleen de Paris »
Étrange territoire que celui de la poésie. À la frontière entre la littérature et la musique. Il n’est pas rare qu’on l’appelle également lyrique, nous rappelant ainsi que la poésie se chante.
Nous vivons à une époque où le visuel a pris le pouvoir sur tous les autres sens. Nous préférons bien voir à bien écouter, (mais nous nous plaignons qu’on ne nous écoute pas), nous préférons apparaître à être, et communiquer à communier.
C’est l’air du temps, et il semble inutile de lutter contre cela.
Toutefois, nous pouvons essayer de déclarer une trève, de définir un territoire sacré dans lequel nous décidons de donner la priorité à l’écoute, ou mieux, d’harmoniser la vision avec l’écoute. Un territoire où le rythme, la rime, l’intonation, les images poétiques (invisibles), et les métaphores sont les instruments de la communication, de la communion. Un territoire où rien ne fonctionne comme ailleurs. Où il n’est pas nécessaire de justifier ses propos avec des fondements rationnels, il suffit que ces propos soient beaux.
Après quelques années nécessaires à la maturation de ce projet, Adrienne Butty Bucciarelli et moi-même avons décidé d’inviter le public à partager avec nous ce voyage extraordinaire dans le territoire de la poésie de Baudelaire. Territoire riche en images, où les allégories, les symboles et les paraboles prennent une force quasi-matérielle. Territoire où, parfois, on a l’impression de toucher les images du texte, de les savourer, d’en sentir la chair. C’est par le rythme, par la rime, par la percussion des accents et des mots, par les chocs entre les images, les métaphores, les allégories que nous allons traverser ce territoire.
Nous avons également décidé d’inviter un musicien à partager ce voyage. Il s’agit d’un jeune et talenteux musicien russe : Andreï Karasev. Depuis quelques temps, Andreï travaille sur un concept qu’il a développé : le concert dans l’obscurité. Il élimine le visuel pour permettre aux spectateurs d’entrer en contact avec les images évoquées par sa musique. Cela ressemble beaucoup à notre procédé et il nous a semblé naturel de l’inviter à bord de notre navire.
Et nous prenons pour nous l’incitation de Baudelaire à partager les fruits de nos voyages :
Etonnants voyageurs ! quelles nobles histoires
Nous lisons dans vos yeux profonds comme les mers !
Montrez-nous les écrins de vos riches mémoires,
Ces bijoux merveilleux, faits d’astres et d’éthers.
Nous voulons voyager sans vapeur et sans voile !
Faites, pour égayer l’ennui de nos prisons,
Passer sur nos esprits, tendus comme une toile,
Vos souvenirs avec leurs cadres d’horizons.
Mario Bucciarelli
Le spectacle « La mouette » d’Anton Tchekhov, mise en scène de Mario Konstantin Bucciarelli est en vente. Pour tous les renseignements, merci de bien vouloir nous contacter par e-mail à l’adresse info@rhapsode.ch.
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